Vous connaissez ce moment où Marseille s’arrête net, où le béton laisse place au calcaire blanc qui plonge dans une eau si bleue qu’elle en paraît irréelle ? C’est exactement ce qui se passe à Callelongue. Le dernier cabanon, le dernier bateau amarré, puis plus rien. Juste le mistral qui siffle entre les falaises et le bruit des vagues qui claquent contre la roche. On pourrait croire qu’il faut des heures de voiture pour atteindre ce genre d’endroit, mais non. Un simple bus vous dépose là où commence le sauvage.
Les sentiers qui partent de Callelongue vers Marseilleveyre ne ressemblent à aucune autre balade dans les calanques. Moins fréquentés que le chemin vers Sugiton ou En Vau, ils offrent cette sensation rare de marcher entre deux mondes : la ville qu’on voit encore au loin, et la nature qui reprend ses droits à chaque pas. Nous avons exploré ces itinéraires pour vous guider vers les plus beaux points de vue, les calanques secrètes et les montées qui valent vraiment l’effort.
Pourquoi Callelongue est le point de départ idéal

Callelongue marque la fin de la civilisation marseillaise au sens littéral. Après ce petit port de pêcheurs, il n’y a plus de route, plus de voiture, plus de construction. Vous êtes au bout du 8ème arrondissement, mais déjà dans un autre univers. Ce qui frappe dès l’arrivée, c’est cette atmosphère presque hors du temps : des barques colorées qui se balancent, l’odeur de poisson frais, quelques terrasses qui font face à la mer. Puis le silence quand vous prenez le chemin.
L’accès est d’une simplicité déconcertante. La ligne 20 du RTM vous amène depuis le Rond-Point du Prado directement au port en moins de 20 minutes. Vous pouvez aussi venir en voiture, mais soyez prévenus : le parking gratuit sature dès 9h le week-end. Mieux vaut privilégier les matinées en semaine ou accepter de stationner en hauteur, à près d’un kilomètre du port. Ce qui distingue vraiment Callelongue des autres points de départ vers les calanques, c’est cette impression de basculer immédiatement dans le sauvage sans transition brutale. Pas de foule compacte, pas de file d’attente. Juste vous et le sentier.
Le GR98-51 : le sentier côtier classique
Le GR98-51 démarre juste après le port et file le long du littoral. Balisé en blanc et rouge, c’est le tracé le plus emprunté, celui que choisissent les familles et les marcheurs occasionnels. Pour une bonne raison : il reste accessible sans difficulté technique majeure. Comptez environ 3 kilomètres aller simple jusqu’à la calanque de Marseilleveyre, soit une heure de marche tranquille si vous ne vous arrêtez pas toutes les cinq minutes pour photographier le paysage.
Le sentier contourne d’abord le sémaphore perché à 109 mètres d’altitude. De là-haut, la vue s’ouvre sur l’archipel de Riou, ces îles inhabitées qui flottent au large comme des sentinelles. Vous continuez en longeant la côte, les pieds sur des dalles de calcaire poli par des milliers de passages. Attention, par temps humide ou avec des semelles usées, ça glisse. L’odeur de thym et de romarin vous accompagne, mêlée à celle du sel. Vous passez devant la calanque de la Mounine après 30 minutes, petite crique confidentielle souvent déserte.
Ce qui rend ce GR agréable malgré sa fréquentation, c’est cette proximité constante avec la mer. Le bleu turquoise ne vous quitte jamais. Par contre, si vous marchez en plein été à midi, préparez-vous à cuire : pas un brin d’ombre, juste la chaleur du calcaire qui renvoie les rayons du soleil comme un miroir. Mais au printemps ou à l’automne, ce sentier devient une évidence.
L’ascension du sommet de Marseilleveyre (433m)
Si vous cherchez quelque chose de plus engagé, prenez le sentier rouge qui grimpe vers le sommet de Marseilleveyre à 433 mètres. Ici, on change de registre. Le dénivelé oscille entre 440 et 600 mètres selon l’itinéraire choisi, et il faut compter 1h15 à 1h45 de montée. Ce n’est pas une promenade de santé. Vous allez transpirer, poser les mains sur la roche, souffler un bon coup à plusieurs reprises, tout comme sur les sentiers du littoral.
Le tracé évite heureusement l’Escalier des Géants, passage technique réservé aux grimpeurs aguerris. À la place, vous remontez le vallon du Miougranier, un couloir minéral où les ressauts rocheux se succèdent. Certains passages exigent de s’aider des mains, rien d’insurmontable mais il faut être à l’aise sur terrain instable. Arrivé au sommet, le panorama vous fait tout oublier. Au loin, Marseille s’étale sous vos pieds, la rade scintille au soleil, les îles semblent à portée de main. Vers l’intérieur, vous distinguez les massifs de la Sainte-Baume et du Garlaban.
Cette rando mérite chaque goutte de sueur. La vue à 360 degrés justifie l’effort à elle seule. Mais au-delà du spectacle visuel, il y a cette satisfaction d’avoir gravi un sommet qui domine la Méditerranée sans artifice, juste avec vos jambes et votre souffle.
| Itinéraire | Distance | Dénivelé | Durée | Difficulté | Points d’intérêt |
|---|---|---|---|---|---|
| GR côtier | 3 km aller | Faible | 1h | Facile | Archipel Riou, calanque Mounine, bord de mer |
| Sentier rouge sommet | Variable | 440-600 m | 1h15-1h45 | Difficile | Vallon Miougranier, panorama 360° au sommet |
| Boucle Col de la Selle | 9-12 km | 600 m environ | 4h-5h | Difficile | Grand Malvallon, diversité paysages, calanques |
La boucle par le Grand Malvallon et le Col de la Selle
Une fois au sommet de Marseilleveyre, deux options s’offrent à vous : redescendre par le même chemin, ou boucler par le Col de la Selle à 275 mètres. Cette seconde option rallonge considérablement la sortie mais offre une diversité de paysages incomparable. Vous descendez depuis le sommet en suivant le sentier rouge versant nord, puis bifurquez sur le sentier vert qui remonte légèrement jusqu’au col.
C’est à partir de là que ça devient intéressant. Le sentier vert plonge dans le Grand Malvallon, un vallon encaissé, relativement ombragé, où l’atmosphère change du tout au tout. Fini le minéral écrasant de soleil, place aux chênes verts, à la fraîcheur relative, au silence épais. Vous progressez tranquillement jusqu’à déboucher sur la calanque de Marseilleveyre. De là, vous reprenez le GR côtier pour regagner Callelongue.
Au total, cette boucle représente entre 9 et 12 kilomètres selon les variantes choisies. Comptez 4 à 5 heures de marche effective. Ce qui rend ce parcours mémorable, c’est justement cette alternance : les crêtes ventées, les vallons secrets, la mer omniprésente puis disparue puis retrouvée. Vous traversez plusieurs écosystèmes en quelques heures, comme si les calanques vous dévoilaient toutes leurs facettes en un seul mouvement.
Les calanques à découvrir en chemin
La calanque de Marseilleveyre reste la star du secteur. Eau turquoise, plage de galets blancs, falaises qui tombent à pic : elle coche toutes les cases de la carte postale provençale. Mais contrairement à Sormiou ou En Vau, elle conserve une fréquentation raisonnable, surtout en semaine. Vous pouvez vous poser sur les galets sans jouer des coudes, plonger dans une eau cristalline sans nager au milieu d’une foule compacte.
Avant Marseilleveyre, la calanque de la Mounine mérite un arrêt. Beaucoup de marcheurs passent devant sans descendre, erreur. C’est une petite crique confidentielle, souvent déserte, où l’eau prend des teintes incroyables selon la lumière. Plus loin, vous découvrez les Queyrons et Podestat, deux calanques mineures accessibles en poursuivant le GR. Podestat se situe à environ 3 kilomètres de Callelongue, soit 1h15 de marche. C’est la dernière calanque avant d’aborder le col de Sormiou.
Pour les marcheurs motivés, une extension vers la calanque de l’Escu en aller-retour depuis Marseilleveyre ajoute environ 2 kilomètres. Le sentier reste simple, toujours sur le GR côtier. Ce qui frappe dans toutes ces calanques, c’est cette impression de sauvage préservé. Pas de cabanons miteux, pas de déchets qui traînent, juste la roche, l’eau et le ciel. Marseilleveyre et ses sœurs valent le détour parce qu’elles incarnent ce que les calanques ont de plus authentique, loin du folklore touristique.
Difficulté et préparation nécessaire
Soyons clairs : le GR côtier reste accessible à des marcheurs occasionnels équipés correctement. La difficulté se situe entre facile et modéré, avec quelques passages glissants sur dalles polies. En revanche, l’ascension du sommet bascule dans le difficile. Terrain rocailleux, cailloux instables, passages où vous devrez poser les mains pour vous hisser. Si vous n’avez jamais fait de rando un peu sportive, commencez par autre chose.
L’eau, c’est le point le plus sérieux. Il n’y a aucun point d’eau sur l’ensemble des parcours. En été, la chaleur écrasante transforme ces sentiers en fournaise. Prévoir 2 litres minimum par personne, voire 3 litres si vous montez au sommet par forte chaleur. Les chaussures de randonnée ne sont pas optionnelles. Les baskets de ville ou les sandales, oubliez. Le terrain alterne entre cailloux, dalles, éboulis, et vous avez besoin d’adhérence et de maintien de cheville.
Pour partir bien équipés, voici le strict nécessaire à glisser dans le sac :
- Eau en abondance (2 à 3 litres par personne)
- Chaussures de randonnée avec semelles crantées
- Casquette et crème solaire (zéro ombre sur le GR côtier)
- Collations énergétiques (fruits secs, barres, sandwichs)
- Trousse de premiers secours basique
- Téléphone chargé (réseau mobile aléatoire dans certaines zones)
Quand partir : saisonnalité et réglementation
Le printemps de mars à juin et l’automne de septembre à octobre offrent les conditions idéales. Températures clémentes, lumière parfaite, garrigue en fleur au printemps ou aux couleurs chaudes à l’automne. Juillet-août ? Oubliez, sauf si vous aimez marcher dans un four à 35°C avec zéro ombre. La surfréquentation estivale n’arrange rien, les sentiers deviennent des autoroutes piétonnes le week-end.
Mais surtout, la réglementation du Parc National des Calanques complique sérieusement les choses en été. Du 1er juin au 30 septembre, l’accès aux massifs forestiers est soumis à un arrêté préfectoral anti-incendie. Chaque jour entre 17h et 18h, les services préfectoraux évaluent le risque et attribuent une couleur : vert, jaune, orange ou rouge. Si c’est rouge, l’accès est strictement interdit. Vous risquez une amende salée si vous passez outre.
Pour vérifier l’ouverture en temps réel, téléchargez l’application Mes Calanques ou appelez le 0811 20 13 13. L’application envoie des notifications en cas de fermeture, pratique pour éviter de vous déplacer pour rien. L’accès voiture à Callelongue peut aussi être réglementé certaines périodes estivales, privilégiez alors le bus 20 qui continue de circuler. Avec ces précautions, vous évitez les galères et maximisez vos chances de profiter pleinement de la sortie.
Faune et flore remarquables du massif
Le massif de Marseilleveyre abrite une biodiversité exceptionnelle adaptée à des conditions extrêmes : sécheresse, vent, sol pauvre. La star végétale locale s’appelle l’astragale de Marseille, une plante endémique littorale qu’on ne trouve quasiment nulle part ailleurs. Vous la croiserez sur les premiers contreforts rocheux, petite plante discrète aux fleurs jaunes. La garrigue méditerranéenne domine partout : thym, romarin, ciste, genévrier. Dans les vallons comme le Grand Malvallon, les chênes verts apportent une touche de fraîcheur bienvenue.
Côté faune, levez les yeux au bon moment et vous pourriez apercevoir un Grand-duc d’Europe, ce rapace nocturne massif aux yeux orange qui niche dans les falaises. Plus rare encore, l’aigle de Bonelli survole parfois le massif, reconnaissable à sa silhouette élégante. Le circaète Jean-le-Blanc, spécialiste de la chasse aux serpents, plane régulièrement au-dessus des crêtes. Les grottes abritent plusieurs espèces de chauves-souris protégées, discrètes mais essentielles à l’écosystème.
Sur le sentier, repérez les coronilles, les luzernes arborescentes, la phalangère aux longues feuilles fines, ou encore le mouron bleu qui tapisse certaines zones au printemps. Observer cette nature demande de ralentir, de regarder à vos pieds autant qu’au loin. Le paysage minéral cache une vie intense, discrète, parfaitement adaptée. C’est peut-être ça, le vrai luxe de ces sentiers : réaliser qu’on marche dans un laboratoire vivant vieux de millénaires.
Conseils pratiques pour réussir sa sortie
Pour rejoindre Callelongue en transports, prenez la ligne 20 du RTM depuis le Rond-Point du Prado. Le trajet dure environ 8 minutes, le bus dessert directement le port. En voiture, le parking gratuit au port sature dès 9h le week-end, on ne le répétera jamais assez. L’alternative ? Vous garer sur un parking relais puis prendre le bus, ou accepter de marcher depuis les hauteurs de Callelongue où il reste parfois des places.
La réglementation du Parc National impose quelques règles simples : chiens en laisse autorisés, rester sur les sentiers balisés pour protéger la flore fragile, cueillette modérée tolérée, zéro déchet laissé derrière vous. Le réseau mobile fonctionne correctement près du littoral mais devient aléatoire dans certains vallons. Prévenez quelqu’un de votre itinéraire si vous partez en solo.
Un conseil d’ami : partez tôt le matin. Vous bénéficiez de la lumière rasante magnifique, de la fraîcheur relative, et surtout des places de parking disponibles. Évitez les week-ends de mai-juin si vous cherchez la tranquillité, c’est la haute saison des randonneurs marseillais. Les matinées de semaine en mars-avril ou septembre-octobre offrent le meilleur compromis : météo idéale, fréquentation faible, nature généreuse.
Les points de vue à ne pas manquer
Le sommet de Marseilleveyre à 433 mètres offre sans conteste le panorama le plus spectaculaire. Vue à 360 degrés sur Marseille qui s’étale jusqu’à l’Estaque, la rade qui scintille, les îles de l’archipel de Riou, et vers l’intérieur les massifs de la Sainte-Baume et du Garlaban. Ce qui frappe là-haut, c’est cette sensation de dominer tout, de voir la ville et la mer dans un même regard circulaire. Le vent souffle fort, l’espace paraît infini.
Le Plateau de l’Homme Mort mérite aussi le détour, même si son nom ne vend pas du rêve. Situé sur le chemin du retour par le col de la Selle, il offre une perspective différente sur le massif et les vallons intérieurs. Plus intimiste, moins spectaculaire que le sommet, mais tout aussi mémorable. Le contournement du sémaphore en début de parcours sur le GR côtier vous place face à l’archipel de Riou, avec cette impression que les îles flottent juste devant vous.
Les crêtes dominant la calanque de Marseilleveyre constituent un autre moment fort. Vous êtes perchés au-dessus de l’eau turquoise, les falaises tombent à la verticale sous vos pieds, et vous comprenez pourquoi ce coin des calanques inspire autant de respect. Chaque point de vue raconte une histoire différente : la puissance méditerranéenne, la fragilité de l’équilibre naturel, la beauté brute d’un paysage qui refuse tout compromis.
Au final, marcher de Callelongue vers Marseilleveyre, c’est accepter que Marseille puisse disparaître derrière vous tout en restant visible au loin, que la nature sauvage commence à quelques minutes de bus du centre-ville, que la liberté se mesure parfois en kilomètres de sentier sous les pieds plutôt qu’en destinations lointaines.



