Marcher entre deux mers, sentir le mistral sculpter le paysage sous vos pieds, observer ces pins tordus qui racontent des décennies de tempêtes. La presqu’île de Giens n’est pas une destination de randonnée comme les autres. Vous foulez l’un des seuls doubles tombolos au monde, une formation géologique vieille de 12 000 ans qui n’existe qu’à trois ou cinq endroits sur la planète. Deux bras de sable parallèles qui relient l’ancienne île au continent, créant un sanctuaire où 260 espèces d’oiseaux migrent chaque année. Ce qui vous attend ici dépasse la simple balade côtière : c’est une immersion dans un phénomène naturel exceptionnel, où chaque sentier révèle une facette différente de ce territoire unique.
Le sentier du littoral côté ouest : la randonnée emblématique
Cette boucle de 6,5 kilomètres pour 2h40 de marche représente l’incontournable absolu de Giens. Depuis le port de La Madrague, le sentier grimpe rapidement à flanc de falaise, longeant des à-pics qui exigent une attention constante. Le caractère sportif se confirme dès les premiers passages rocheux, où les bonnes chaussures de randonnée deviennent indispensables. Vous traversez successivement la calanque du Four à Chaux, puis la pointe des Chevaliers, point culminant offrant une vue à 360° sur les îles d’Or et Porquerolles. Les pointes des Salis et du Rabat complètent ce parcours spectaculaire.
Les paysages se succèdent sans répit : forêt dense de pins parasols, maquis méditerranéen qui embaume le thym et le romarin, criques secrètes aux eaux turquoise. C’est l’itinéraire photo par excellence, celui qui remplit vos cartes mémoire. Prévoyez impérativement plusieurs litres d’eau, aucune source n’existe sur le parcours. Ce sentier reste déconseillé aux jeunes enfants, les passages vertigineux demandant une bonne condition physique. Les points d’intérêt majeurs à ne pas manquer incluent :
- La vue panoramique depuis la pointe des Chevaliers sur l’archipel des îles d’Hyères
- Les criques préservées accessibles uniquement par ce sentier côtier
- Les vestiges de la batterie des Salis, témoins de l’histoire militaire du site
- Les formations rocheuses de schiste cristallin qui donnent au littoral ses reflets argentés
La boucle est par la Badine : l’alternative plus sauvage
Avec ses 9,5 kilomètres et 4 heures de marche, cette variante s’adresse aux randonneurs cherchant davantage de nature brute et de tranquillité. Le départ s’effectue depuis la plage de la Badine pour rejoindre la pointe de la Vignette. Ce versant oriental se distingue par une pinède littorale plus dense, des pointes rocheuses spectaculaires comme celles de la Badine et de Terre Rouge, et une vue face à l’île Longue. L’ambiance reste plus confidentielle, moins fréquentée que le côté ouest, offrant cette impression d’explorer un territoire encore préservé du tourisme de masse.
Les passages alternent entre sections aménagées et zones nettement plus sauvages où le sentier de randonnée se fait discret. Le dénivelé positif de 448 mètres se répartit sur l’ensemble du parcours, avec quelques montées franches qui sollicitent les cuisses. Vous longez les petits ports de pêche typiques, croisez la Tour Fondue construite au XVIIe siècle sur ordre de Richelieu, vestige d’un système défensif qui protégeait les côtes varoises. Cette boucle permet une immersion totale dans l’environnement méditerranéen, loin des regards, parfaite pour ceux qui souhaitent échapper aux foules tout en profitant de panoramas exceptionnels sur Porquerolles.
Le tour complet de la presqu’île : pour les randonneurs aguerris
Combiner les deux boucles précédentes pour réaliser le tour intégral de la presqu’île constitue l’option ultime, réservée aux marcheurs entraînés. Comptez environ 6 heures de marche effective, auxquelles s’ajoutent les pauses. Le dénivelé cumulé, l’exposition constante au soleil et au vent, ainsi que les passages techniques sur rochers exigent une vraie préparation. Cette journée inoubliable commence obligatoirement tôt le matin, avant que la chaleur ne s’installe et transforme l’expérience en calvaire. Prévoyez un pique-nique complet et au minimum trois litres d’eau par personne.
Vérifiez impérativement l’ouverture des massifs forestiers avant de partir. L’été, le risque incendie entraîne régulièrement des fermetures temporaires, consultables sur le site de la préfecture du Var. Le maillot de bain trouve sa place dans le sac : plusieurs criques permettent une pause baignade salvatrice à mi-parcours. Cette version complète offre l’avantage de saisir toute la richesse géologique et écologique du site, découvrant successivement les deux visages opposés de Giens, du versant ouest escarpé au versant est plus forestier.
La randonnée des Salins : entre terre et mer
Cette boucle atypique de 15 kilomètres pour 3h30 de marche mixe randonnée terrestre classique et marche les pieds dans l’eau. Le départ s’effectue depuis le parking du Tombolo Ouest à l’Almanarre. Vous traversez les Salins des Pesquiers, ces 550 hectares de marais salants datant de 1848 qui accueillent plus de 250 espèces d’oiseaux. Les flamants roses, souvent présents par centaines, offrent un spectacle naturel saisissant avec leurs reflets roses sur les bassins aux couleurs changeantes. Le parcours continue vers le village de La Capte avant de revenir par la plage en mode pieds dans l’eau, sensation unique de marcher là où la mer et le sable se rencontrent.
Ce qui rend cette randonnée unique tient au phénomène géologique du double tombolo lui-même. Ces deux cordons sableux parallèles, longs de 4,8 et 4,3 kilomètres, se sont formés il y a 12 000 ans grâce aux courants marins transportant le sable d’est en ouest. Vous marchez littéralement sur une rareté planétaire. L’ambiance reste familiale et accessible, le dénivelé quasi inexistant facilitant la progression. Privilégiez le matin pour éviter la chaleur écrasante et profiter de la lumière rasante sur les salins, ainsi que des petits ports de pêche. Prévoyez tongs et baskets dans le sac, ainsi qu’un maillot. Cette option convient parfaitement pour l’été, la partie aquatique rafraîchissant naturellement la marche.
Quand partir et infos pratiques
Le printemps et l’automne représentent les meilleures périodes pour randonner à Giens. Vous évitez la chaleur écrasante de l’été méditerranéen et les fermetures estivales des massifs forestiers. L’hiver offre une tranquillité incomparable, avec des sentiers déserts et une lumière particulière, mais attention au mistral qui peut souffler violemment et compliquer sérieusement la progression sur les passages exposés. L’été oblige à vérifier systématiquement l’ouverture des sentiers, les conditions de sécheresse pouvant entraîner des interdictions d’accès dès que le risque incendie atteint le niveau rouge.
L’accès depuis Hyères se fait facilement. Plusieurs parkings permettent de stationner selon la randonnée choisie : La Madrague, la Badine, l’Almanarre ou la Tour Fondue. Les lignes de bus 67 et 68 du réseau Mistral desservent la presqu’île, option économique et écologique. Voici un tableau comparatif des différentes randonnées pour vous aider à choisir :
| Nom du parcours | Distance | Durée | Niveau | Points forts |
|---|---|---|---|---|
| Sentier du littoral Ouest | 6,5 km | 2h40 | Sportif | Vues panoramiques, pointe des Chevaliers, criques secrètes |
| Boucle Est par la Badine | 9,5 km | 4h | Sportif | Ambiance sauvage, pinède dense, Tour Fondue, moins fréquenté |
| Tour complet | 16 km | 6h | Confirmé | Expérience complète, diversité des paysages, immersion totale |
| Randonnée des Salins | 15 km | 3h30 | Facile | Flamants roses, double tombolo, marche aquatique, familial |
Ne vous contentez jamais d’une seule randonnée. Chaque versant de Giens révèle un visage radicalement différent, des falaises vertigineuses de l’ouest aux pinèdes orientales, des salins aux criques cachées. Multiplier les parcours reste le seul moyen de comprendre vraiment ce territoire exceptionnel.
Ce que personne ne vous dit sur ces sentiers
Les pins anémomorphosés façonnés par le mistral racontent l’histoire invisible de Giens. Ces arbres littéralement sculptés par le vent, troncs tordus et branches fuyant vers le sud, témoignent de décennies d’exposition aux éléments. Peu de sites mentionnent ce phénomène naturel pourtant spectaculaire, observation terrain qui enrichit considérablement la compréhension du paysage. Les vestiges militaires désaffectés parsèment les sentiers : la batterie des Salis, la Tour Fondue du XVIIe siècle initialement construite sous Richelieu vers 1634, armée jusqu’en 1881 de canons de 240 mm. Ces fortifications rappellent que Giens fut longtemps un verrou stratégique protégeant les côtes varoises.
Le site est devenu un refuge majeur pour les oiseaux migrateurs, les 650 hectares de zone lagunaire entre les deux tombolos accueillant plus de 260 espèces. La calanque du Blé reste un spot caché que peu connaissent. Une dizaine de grottes marines s’ouvrent dans le schiste cristallin, accessibles uniquement par la mer en kayak ou à la nage. La plus belle, avec son porche de 7 mètres de haut, pénètre sur 100 mètres dans la roche. Information que vous ne trouverez nulle part ailleurs.
L’érosion pose des problèmes concrets sur certains passages, nécessitant vigilance accrue. Contrairement aux idées reçues, certaines criques restent totalement désertes même en plein juillet si vous poussez quelques centaines de mètres supplémentaires. Astuce locale rarement partagée : le musée du fort du Pradeau près de la Tour Fondue, rouvert après 40 ans de fermeture. Ce centre d’interprétation du Parc national de Port-Cros retrace 400 ans d’histoire à travers une scénographie immersive. La visite guidée du mercredi ou dimanche à 15h30 ajoute une dimension historique précieuse à votre séjour, enrichissant la compréhension globale du territoire.
Randonner à Giens, c’est fouler un caprice géologique qui a mis 12 000 ans à se former et que trois endroits seulement sur Terre peuvent revendiquer.



