Randonnée à la source de l’Escaut : circuit et balades

source de l'escaut

Vous connaissez sans doute la Seine, la Loire ou le Rhône. Mais l’Escaut ? Ce fleuve de 355 kilomètres qui traverse trois pays, qui a fait la richesse d’Anvers et des Pays-Bas, prend sa source dans un petit vallon de l’Aisne, à quelques kilomètres de Saint-Quentin. Nous avons découvert ce lieu par hasard lors d’une randonnée dans le Vermandois. L’endroit détonne : un bassin de brique sous les arbres, une statue représentant un enfant chevauchant un dauphin, et juste au-dessus, les vestiges d’une abbaye millénaire qui veille sur ces eaux depuis le Moyen Âge. Chaque année, des délégations néerlandaises font le pèlerinage jusqu’à Gouy pour célébrer le berceau de leur prospérité. Ce contraste entre la modestie du site et son importance géopolitique nous a frappés. Comment un tel géant européen peut-il naître d’un filet d’eau qu’on pourrait arrêter d’un geste ?

Le site de la source : un écrin naturel chargé d’histoire

La source de l’Escaut se situe à Gouy, une commune de l’Aisne positionnée entre Saint-Quentin et Cambrai. Le fleuve, qui arrose la Belgique et les Pays-Bas avant de se jeter dans la mer du Nord, jaillit d’un bassin de brique niché au fond d’un vallon ombragé. L’endroit respire la tranquillité, avec ses arbres qui filtrent la lumière et le murmure de l’eau qui s’écoule. Les aménagements réalisés en 2021 ont transformé l’espace en un véritable lieu de halte : bancs, tables de pique-nique, parking gratuit et panneaux d’information racontent l’histoire de ce cours d’eau exceptionnel.

Sur place, vous remarquerez une statue de dauphin offerte par la ville d’Anvers. Ce cadeau symbolique remercie le fleuve pour la prospérité qu’il a apportée au port flamand pendant des siècles. L’inscription latine gravée sur une pierre ancienne proclame : « Felix sorte tua scaldis », ce qui signifie « Que ton sort est heureux, Escaut ». Ce qui frappe, c’est la dualité du site. La source visible, celle où vous pouvez tremper vos pieds, n’est que la partie émergée. La vraie source, celle qui ne tarit jamais, suinte entre deux fentes rocheuses sous une voûte que les moines de l’abbaye voisine ont aménagée il y a des siècles. Ce détail technique transforme la visite en une exploration plus intime du lieu.

L’abbaye du Mont-Saint-Martin, sentinelle de l’Escaut

Au-dessus de la source se dressent les vestiges de l’abbaye du Mont-Saint-Martin, fondée vers 1117 par l’ermite Garembert. Ce moine avait initialement établi sa communauté à Bony, mais la transféra en 1136 sur ce site stratégique dominant le berceau de l’Escaut. L’abbaye accueillit une communauté de chanoines de l’ordre des Prémontrés pendant plus de six siècles. Ces religieux aménagèrent la source, construisirent l’arche protectrice et entretinrent les lieux avec soin, tout en créant des circuits en forêt. Leur présence marque encore le paysage actuel.

L’histoire de l’abbaye est marquée par plusieurs destructions. La Révolution française de 1793 porta les premiers coups sérieux, entraînant sa désacralisation. Les deux guerres mondiales achevèrent de réduire l’édifice à l’état de ruines partielles. Une reconstruction fut entreprise au XIXe siècle, mais le site conserve aujourd’hui son allure de vestige romantique. Classée monument historique en 1986 et 1992, l’abbaye offre depuis certains points du circuit de randonnée une vue saisissante. Marcher sur ces sentiers devient alors une expérience double : on suit les traces d’un fleuve naissant tout en contemplant les témoins de près d’un millénaire d’histoire religieuse.

Circuits de randonnée autour de la source

Plusieurs parcours balisés permettent d’explorer la région autour des sources de l’Escaut. Le circuit phare reste « Le Berceau de l’Escaut », au départ du Catelet, qui combine découverte naturelle et mémoire historique sur 11,5 kilomètres.

Nom du circuitDistanceDuréeDifficultéPoint de départBalisage
Le Berceau de l’Escaut11,5 km3h15Assez difficileLe Catelet (Fort)Jaune et bleu
Sources de l’Escaut7 km2hFacileGouy (parking)Jaune

Le circuit du Berceau de l’Escaut traverse des paysages variés : zones boisées où l’ombre rafraîchit les journées d’été, vues panoramiques sur le vallon de l’Escaut naissant, et passages dans les villages typiques de Gouy et Le Catelet. Ce sentier croise même une portion du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, ajoutant une dimension spirituelle à la randonnée. Les dénivelés, bien que modérés (entre 90 et 127 mètres d’altitude), rendent le parcours physiquement stimulant sans être épuisant.

Que voir pendant la balade : points d’intérêt et paysages

Les circuits autour de la source de l’Escaut regorgent de découvertes inattendues. Vous ne faites pas seulement une marche dans la campagne picarde, vous traversez des strates d’histoire superposées, alors assurez-vous de porter des chaussures de randonnée adaptées.

Voici les éléments marquants que vous croiserez :

  • Le fort du Catelet : sur son rempart, une plaque commémore quatre soldats britanniques fusillés à cet endroit en mai 1916, rappelant la brutalité de la Première Guerre mondiale dans cette région
  • Le souterrain de Riqueval : avec ses 5 670 mètres, ce tunnel fluvial construit entre 1801 et 1810 reste le plus long de France. Il relie le bassin de la Somme à celui de l’Escaut et utilise encore aujourd’hui un système de touage unique au monde
  • Les fermes en torchis et les vergers de Gouy : ces bâtisses agricoles traditionnelles témoignent du patrimoine rural du Vermandois, avec leurs murs en terre crue et leurs toitures de tuiles rousses
  • L’Escaut canalisé : observer le fleuve se transformer progressivement, depuis son filet d’eau originel jusqu’aux premiers tronçons navigables, offre une leçon de géographie vivante
  • Le pigeonnier de la ferme de Quincampoix : ce bâtiment typique du XVIIIe siècle se dresse au milieu des champs comme un vestige de l’architecture seigneuriale
  • Les vallonnements du Vermandois : contrairement à l’image plate des Hauts-de-France, cette région ondule doucement, créant des perspectives changeantes à chaque tournant du sentier

Chaque saison modifie l’atmosphère. Au printemps, les vergers explosent en fleurs blanches. L’été dore les champs de céréales qui s’étendent jusqu’à l’horizon. L’automne teinte les sous-bois de cuivre et d’ocre. Même l’hiver a son charme, quand la brume matinale enveloppe le vallon de la source.

Informations pratiques pour préparer votre sortie

Le site des sources se trouve à Gouy, à 20 kilomètres au nord de Saint-Quentin, sur l’axe entre cette ville et Cambrai. L’accès routier ne pose aucun problème : un parking gratuit a été aménagé directement sur place, avec suffisamment d’espace pour accueillir une dizaine de véhicules. Des panneaux d’information installés récemment vous renseignent sur l’histoire du fleuve, son parcours européen et l’écosystème local.

Niveau équipement, prévoyez des chaussures de randonnée imperméables. Les sentiers peuvent devenir boueux après les pluies, surtout dans les portions forestières et les passages près des cours d’eau. Évitez les sorties après de fortes précipitations si vous recherchez un confort optimal. La période idéale s’étend d’avril à octobre, quand les chemins sèchent rapidement et que la végétation révèle toute sa splendeur. Les tables de pique-nique installées sur le site de la source permettent de déjeuner sur place dans un cadre bucolique. Pour les randonneurs expérimentés, les cartes IGN 2607 ET (Saint-Quentin) couvrent l’ensemble des circuits de la région et facilitent l’orientation.

Pourquoi cette randonnée sort du lot

Ce qui distingue vraiment cette randonnée, c’est sa dimension symbolique européenne. Chaque année, des délégations néerlandaises entreprennent le voyage jusqu’à Gouy pour honorer la source de l’Escaut. Ces pèlerinages témoignent de l’importance économique historique du fleuve pour les Pays-Bas et la Belgique. Pendant des siècles, l’Escaut a été l’artère vitale du commerce flamand, connectant l’intérieur des terres aux routes maritimes mondiales. Anvers doit sa fortune à ces eaux parties d’un modeste vallon picard.

Vous marchez sur un territoire où convergent trois mémoires distinctes : celle de la nature avec le cycle hydrologique du fleuve, celle de la spiritualité médiévale incarnée par l’abbaye prémontrée, et celle des conflits mondiaux dont les traces parsèment encore le paysage. Cette triple stratification historique reste rare dans un périmètre aussi restreint. En quelques kilomètres, vous passez d’un site naturel protégé à des vestiges monastiques du XIIe siècle, puis à des monuments commémoratifs de 1916.

Le contraste entre la tranquillité actuelle du site et son rôle dans l’histoire commerciale européenne frappe immédiatement. Rien ne laisse deviner, en observant ce filet d’eau qui suinte entre deux rochers, que ce modeste débit alimentera dans 355 kilomètres l’un des plus grands ports du monde. Cette discrétion du lieu de naissance amplifie paradoxalement sa puissance symbolique.

D’un vallon oublié de l’Aisne naît un géant qui traverse trois nations et fait battre le cœur économique de l’Europe du Nord.

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