Le sentier grimpe sans prévenir, la piste se perd dans les genêts, et l’église que nous cherchons reste invisible. Puis le clocher-tour surgit d’un coup, posé dans un vallon de schiste comme s’il avait toujours attendu. Saint-Marcel de Fontfouillouse n’est pas une commune, mais un hameau des Plantiers, dans le Gard. La boucle qui y mène mesure environ 14 km, demande à peu près 4h30 et se classe en difficulté moyenne, avec un dénivelé que nous jugeons plus sérieux que ce que le mot suggère. Reste à savoir si le détour vaut l’effort : nous répondons oui, et nous allons vous dire pourquoi.
Saint-Marcel-de-Fontfouillouse n’est pas où vous le pensez
Si vous tapez ce nom dans votre GPS en cherchant un village, vous ferez fausse route. Saint-Marcel-de-Fontfouillouse désigne une église et son vallon, rattachés à la commune des Plantiers, au cœur des Cévennes gardoises. Le nom a pourtant désigné une vraie commune, et ce jusqu’en 1874.
L’église se situe à 645 m d’altitude, à environ 2,7 km du village des Plantiers, par le chemin qui mène au col de Tinquos. Aucune route carrossable n’y conduit vraiment : on y arrive à pied, par les pistes de randonnée. Voyons maintenant ce que cela représente en kilomètres et en mètres de dénivelé.
Distance, dénivelé et durée de la boucle
Voici les chiffres, tels que les publie le Parc national des Cévennes pour cet itinéraire balisé en peinture jaune.
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Départ et arrivée | Les Plantiers (parking à l’entrée du village) |
| Distance | 14,2 km |
| Dénivelé positif et négatif | 783 m |
| Durée | 4h30 |
| Altitude minimale et maximale | 397 m et 906 m |
| Balisage | Peinture jaune et poteaux directionnels |
| Type de parcours | Boucle |
| Difficulté annoncée | Moyen |
D’autres sites affichent 13,7 km et 657 m de dénivelé positif. Cet écart s’explique par les méthodes d’enregistrement GPS et par les variantes de tracé, rien de plus mystérieux. Retenez la fourchette : environ 14 km et entre 650 et 780 m de montée.
Le classement « moyen » nous semble optimiste. Les relevés indiquent qu’environ 35% du parcours est en montée franche, avec un passage au-dessus de 15% de pente vers le premier kilomètre, c’est-à-dire quand les jambes ne sont pas encore chaudes. Le sol alterne rocher (environ 33%), terre (27%), chemin compacté (22%) et un peu d’asphalte (18%). Prévoyez de bonnes chaussures, car le schiste glisse.
Carte et tracé du parcours
Le circuit se lit en trois temps : une montée vers le col de Tinquos, une marche de crête jusqu’au col de l’Espinas, puis une descente par Faveyrolles et Monteils. Les poteaux directionnels indiquent les lieux-dits, ce qui rend l’orientation plus simple qu’il n’y paraît. Voici les étapes clés dans l’ordre :
- Départ du parking, au poteau « Les Plantiers », cap sur le col de Tinquos.
- Passage par Auminières, puis par Fonfouillouse.
- Au col de Tinquos, poursuite sur la piste jusqu’au poteau « Aygues Bernesse ».
- Arrivée au col de l’Espinas, puis chemin à gauche, ensuite à droite, vers le fond du vallon.
- Descente jusqu’à Faveyrolles, puis direction Les Plantiers via Faveyrolles-Parking.
- Traversée de Monteils, puis retour aux Plantiers par Auminières.
Un point demande de l’attention : à Monteils, il faut prendre le sentier qui passe sous la tour, traverser le hameau en descendant, puis rejoindre la route goudronnée. Beaucoup de marcheurs fatigués y hésitent. Gardez cette consigne en tête avant d’arriver, vous gagnerez dix minutes de doute.
Le parcours étape par étape
Le départ est rude. Dès la sortie des Plantiers, la pente se raidit, et nous vous conseillons de ne pas la prendre comme une promesse de ce qui suit. Les hameaux d’Auminières et de Fonfouillouse défilent, murs de schiste, jardins en terrasses, silence. À cet endroit, le souffle se cale.
Au col de Tinquos, la piste s’élargit et la marche devient plus régulière jusqu’à Aygues Bernesse, puis au col de l’Espinas. La crête offre alors ce que nous étions venus chercher : des vues très aériennes sur le mont Lozère, le Fageas et le mont Aigoual. Si le ciel est dégagé, arrêtez-vous une demi-heure, vous ne regretterez pas le temps perdu.
La descente vers Faveyrolles s’enfonce dans un vallon, et c’est le tronçon le plus fatigant pour les genoux. Selon les relevés, deux petites cascades se trouvent près du tracé, vers les kilomètres 8,5 et 8,8, et il y a un point d’eau potable tout près du départ. Après Faveyrolles, Monteils arrive vite, puis la boucle se referme sur Auminières.
L’église romane et son histoire
Elle porte les traces d’un chantier qui a duré. Les moines de Saint-Chaffre, installés dès le Xe siècle à Sainte-Enimie, voyaient dans ce lieu une étape entre les causses et le littoral, sur une importante draille de transhumance. Ils confièrent la construction à des tailleurs de pierre locaux, qui n’avaient que le schiste et la fraidonite sous la main.
Le chœur date du début du XIIe siècle, la nef voûtée en berceau brisé de la seconde moitié. Le clocher-tour et deux chapelles ont été ajoutés en 1503, comme l’indique la plaque au-dessus du porche. L’édifice a connu les guerres de religion, puis l’incendie de 1702 lors de la révolte des camisards, avant une restauration en 1723 et un abandon définitif à la Révolution. Il est inscrit au titre des monuments historiques depuis 1986, et des travaux de rénovation de la fin des années 1980 permettent aujourd’hui de le visiter.
Nous avons trouvé le lieu étonnamment sobre : pas de décor, des pierres plates, un volume net. Cette austérité fait sa force, car on comprend sans effort pourquoi des générations de paysans y ont prié, puis l’ont quitté.
Monteils, hameaux abandonnés et bancels
Ne vous contentez pas de l’église. Le hameau de Monteils garde les trois premiers niveaux d’un donjon rectangulaire du XIVe siècle, d’environ 70 m² au sol, bâti en schiste aux murs très épais. Le château dont il dépendait a disparu, et ses pierres ont servi à construire les maisons du hameau. L’histoire s’est recyclée sur place, faute de mieux.
Tout le long de la boucle, vous croisez des bancels, ces terrasses de culture soutenues par des murs en pierre sèche, et des hameaux vidés de leurs habitants. Les moines du prieuré y plantaient des châtaigniers et pratiquaient la sériciculture, c’est-à-dire l’élevage des vers à soie. Ce paysage raconte une Cévenne où chaque pente a été travaillée à la main, et c’est cela, selon nous, qui donne à la randonnée sa vraie profondeur.
Préparer sa sortie sans mauvaise surprise
Pour rejoindre le départ, prenez depuis Saint-Jean-du-Gard la D907 en direction de Saint-André-de-Valborgne, puis tournez à gauche sur la D20 après Saumane, jusqu’aux Plantiers. Le stationnement se fait à l’entrée du village. Avant de partir, voici ce que nous emporterions :
- des chaussures de marche à semelle accrocheuse, le schiste est piégeux par temps humide ;
- 1 à 2 litres d’eau, car le dénivelé et l’exposition au soleil pèsent vite ;
- un coupe-vent ou une veste imperméable, le temps change vite en montagne ;
- un encas ou un pique-nique pour la crête ;
- une protection solaire, puisque les relevés estiment environ 65% du parcours au soleil en été ;
- une trace GPS hors ligne et un téléphone chargé.
Notre conseil de terrain : choisissez le printemps ou l’automne, quand la lumière est douce et la chaleur supportable. Partez tôt, d’autant que les jours raccourcissent vite à partir d’octobre, et gardez de l’énergie pour la descente vers Faveyrolles.
Variantes et idées pour prolonger
Quatorze kilomètres, c’est trop pour certains. Le Parc propose à proximité des circuits plus courts : La Palombe, 7,7 km pour 382 m de dénivelé, classé modéré, qui mène à Bonperrier, un lieu décrit comme magique pour un pique-nique. Autre option, Le pont des chèvres, 7,9 km autour du Gardon, entre Saumane et l’Estréchure, pour 390 m de dénivelé.
Pour les marcheurs aguerris, L’Exil à Saumane compte 13 km et 542 m de montée, avec une église remarquable et des panoramas sur le mont Lozère et l’Aigoual. Si vous venez surtout pour le patrimoine, ne faites que l’aller-retour jusqu’à l’église, soit environ 2,7 km dans chaque sens depuis les Plantiers. Et si vous souhaitez des conseils sur place, l’office de tourisme de Saint-André-de-Valborgne vous renseignera.
FAQ de la randonnée
La boucle est-elle faisable avec des enfants ?
Avec des enfants habitués à marcher, oui, mais pas en entier. Les 783 m de dénivelé et les 14 km sont exigeants pour les plus jeunes, et l’aller-retour jusqu’à l’église convient mieux à une sortie familiale.
Combien de temps faut-il prévoir ?
Comptez 4h30 de marche effective, auxquelles il faut ajouter les pauses. Avec la crête, le pique-nique et la visite de l’église, une journée complète est plus réaliste.
Peut-on voir l’église sans faire toute la boucle ?
Oui, elle se situe à 2,7 km du village des Plantiers par le chemin du col de Tinquos. Vous pouvez donc la rejoindre à pied puis revenir par le même chemin.
Le balisage est-il fiable ?
Le balisage jaune et les poteaux directionnels guident bien, sauf à Monteils où il faut surveiller le sentier sous la tour. Une trace GPS hors ligne reste un bon filet de sécurité.
Ce vallon ne se donne pas à ceux qui passent en voiture : il récompense ceux qui montent pour le trouver.


